Les corporations religieuses et les changements politiques à Orizaba, 1700-1834

Hace casi un mes, tuve el honor de presentar mi tesis de doctorado, y desde entonces me preguntaba si había una manera de difundir su contenido por este medio, sin atormentar al lector con una larga serie de entradas todas sobre el que fue mi objeto de estudio, la parroquia de Orizaba. Así, me decidí finalmente a publicar aquí la parte descriptiva de mi exposición ante el jurado de la tesis, que resume su contenido en pocas líneas, conservando el texto en francés para ser fiel estrictamente a lo que presenté, aunque claro está que si llegara a haber preguntas lo presentaré también en español. Pues bien, aquí el resumen de la tesis titulada Utilité du public ou cause publique. Les corporations religieuses et les changements politiques à Orizaba (Mexique), 1700-1834, que para obtener el grado de Doctor en Historia de la Universidad Paris I Panthéon-Sorbonne presenté el 14 de septiembre de 2010 en la sala 6 del Centro Panthéon, ante el jurado presidido por Philippe Boutry, director de la Unidad de Historia de dicha Universidad, y conformado también por Annick Lempérière, directora de la tesis y directora del Centro de Investigaciones en América Latina y el Mundo Ibérico de Paris I; Brian Connaughton, profesor de la Universidad Autónoma Metropolitana-Iztapalapa, y Pierre Ragon, profesor de la Universidad Paris X Ouest Nanterre La Défense.

La thèse que j’ai l’honneur de présenter constitue d’une certaine manière l’aboutissement d’un travail de plusieurs années, même si je l’ai commencée en septembre 2007, car elle reprend des informations et des préoccupations déjà présentes dans mes mémoires de licence et de master, mais maintenant analysées depuis une perspective différente, et de façon plus exhaustive. Elle porte sur l’histoire de Saint-Michel Orizaba, une modeste ville de l’est du Mexique. J’essaye à travers elle de m’approcher des changements du monde hispanique de la fin du XVIII siècle. Mon travail porte ainsi, à proprement parler, sur l’histoire de la sécularisation, non pas dans le sens de décadence ou de disparition progressive de la religion et de l’Église catholique, mais plutôt comme la fin de la prépondérance de la légitimité qui avait jusqu’alors donné son sens à la culture corporative qui avait organisé la construction de la ville et de tout l’Empire hispanique.

En effet, la culture corporative hispanique avait pour fondement une théologie catholique qui soutenait que les individus étaient incapables d’atteindre seuls le salut spirituel et même le bien-être matériel. Ainsi, ils avaient besoin de se rassembler pour former des corps de toute sorte, notamment religieux et politiques, qui constituaient la structure de la société, de l’Empire et de l’Église. Les corporations religieuses durent faire face à cette époque à des changements tels que les réformes bourboniennes depuis les années 1760, la crise monarchique de 1808, la guerre d’indépendance de 1810, l’introduction du libéralisme en 1812, l’indépendance en 1821, et les troubles politiques des premières décennies de la vie républicaine.

Mon travail de recherche s’interroge sur les conséquences de tous ces événements pour les corporations religieuses et sur la possibilité de penser leur histoire, non seulement comme une décadence constante, mais aussi à partir de leurs adaptations éventuelles, aussi bien sous la monarchie des Bourbons qu’à l’époque libérale. À cet effet, j’ai repris des idées venant de trois perspectives fondamentales : l’historiographie sur la construction institutionnelle de l’Église au XIX siècle, notamment les ouvrages récents de Sol Serrano et Roberto Di Stéfano, respectivement pour le Chili et Buenos Aires, mais aussi les études de l’historiographie française sur la Réforme catholique et les changements religieux des XVIII et XIX siècles, notamment celles sur la piété testamentaire, sur le paysage paroissial et sur la culture sensorielle. Bien entendu, j’ai aussi repris l’historiographie mexicaniste et espagnole, en particulier l’historiographie politique, qui rend compte des difficultés pour la réforme d’une monarchie hispanique fondamentalement corporative et juridictionnelle, et aussi des transformations et continuités de la société corporative après l’indépendance.

J’ai choisi Orizaba, parce qu’elle rassemblait presque tout l’éventail des corporations religieuses possibles, mais aussi parce qu’elle se caractérisait par la présence de plusieurs acteurs politiques d’Ancien Régime, tels que l’échevinage des Espagnols, la république des Indiens, la guilde des cultivateurs de tabac et la noblesse locale. Après l’indépendance, nous pouvons aussi trouver les nouveaux groupes politiques organisés surtout à partir des loges maçonniques. De plus, il est important de noter que la ville se distingua par son importance économique due à son emplacement sur la route commerciale la plus importante du royaume et par sa production de tabac, monopole royal à partir de 1765.

Un autre critère, non négligeable, qui joua un rôle important dans mon choix fut celui de l’abondance des sources qui concernent Orizaba. Je voudrais évoquer en particulier les archives paroissiales, qui conservent une documentation très vaste sur la gestion quotidienne des confréries et de la paroisse, ainsi que les sources notariales et municipales et les listes des cultivateurs de tabac, qui bien qu’incomplètes sont également riches. Ces dernières m’ont permis de connaître de façon presque exhaustive les membres de plusieurs corporations et leurs familles, en particulier celles de l’élite de la ville. J’ai pu aussi compter sur les dossiers préparés pour obtenir l’autorisation royale de certaines corporations civiles et religieuses, préservés dans les archives nationales mexicaines et dans les Archives des Indes de Séville.

Pour les premières décennies du XIX siècle, la correspondance des autorités fédérales, les ouvrages des chroniqueurs locaux, et surtout les brochures et les journaux disséminés dans les bibliothèques du Mexique et de l’Espagne, se sont avérés particulièrement intéressants pour ma recherche.

Pour analyser ces informations, j’ai choisi comme axe central le concept de l’utilité publique, qui permet de saisir d’une manière plus précise la façon dont les changements évoqués précédemment modifièrent les corporations religieuses. Dans le monde hispanique de l’Ancien Régime, l’utilité publique n’était que l’utilité de la république. Il est important de noter que république désigne ici la communauté organisée juridiquement pour répondre à des finalités matérielles mais aussi transcendantes, c’est-à-dire qu’elle se réfère à une corporation capable de garantir le bien commun. Dans le cas que j’ai analysé, il s’agissait notamment de la république urbaine, d’Espagnols ou d’Indiens, selon la distinction de l’époque. L’utilité publique était donc surtout celle des “vecinos”, c’est-à-dire les natifs ou les résidents anciens d’une ville ou d’un village. Dans ce contexte, les corporations religieuses avaient un rôle fondamental, reconnu par tous les acteurs, comme j’ai essayé de le montrer dans la première partie de mon travail, intitulée précisément « Le temps de l’unanimité ».

Les corporations avaient été les protagonistes de la construction de la ville au cours du XVIII siècle. En effet, à cette époque et jusqu’au début du XIX siècle, les Orizabeños  construisirent une quinzaine de bâtiments religieux. Dans ces temples, revêtus du décor de la Réforme catholique, s’installèrent de nouvelles corporations, non seulement de clercs ou de religieux, mais surtout plus de vingt-cinq corporations de laïcs. Toutes ces corporations possédaient des symboles religieux, des biens et des normes particulières, et construisaient des liens qui rassemblaient les habitants de la ville. Plus encore, autour des temples s’organisait la ville elle-même, avec ses places et ses fontaines, ses rues et ses quartiers. Les corporations laissaient leur empreinte dans le paysage sonore avec leurs cloches, et aussi dans le cérémonial festif local avec leurs innombrables processions et célébrations. Ainsi, grâce aux corporations religieuses, l’espace public d’Orizaba était sans aucun doute sacré.

Par ailleurs, tout au long du XVIIIe siècle, l’utilité des corporations religieuses avait été reconnue par l’ensemble des, d’une part, en raison de l’administration des sacrements indispensables pour le salut des âmes et, d’autre part, parce qu’elles en faisaient la promotion. En outre, elles organisaient les œuvres de miséricorde et contribuaient au maintien de l’ordre en prônant le bon exemple et en faisant usage des tribunaux ecclésiastiques. De plus, elles renforçaient la légitimité des corporations civiles : elles étaient le témoignage de leur histoire et c’était dans les fêtes religieuses que les corporations se confrontaient entre elles pour défendre leurs privilèges respectifs. Enfin, elles avaient contribué à la formation d’une élite dévote caractérisée par ses expressions de piété, notamment dans ses testaments et par son soutien à la formation du clergé.

Toutefois, pendant la seconde moitié du XVIIIe siècle, on voulut faire des corporations des entités au service de l’utilité de la religion et de l’utilité du roi, comme j’ai essayé de le montrer dans la deuxième partie de mon travail. En effet, les évêques réformateurs de la période insistaient sur le premier aspect. J’ai voulu présenter leurs projets en détail, dirigés vers le renforcement de l’autorité épiscopale sur toutes les corporations religieuses, et vers la consolidation de la frontière entre le sacré et le profane. À Orizaba, le clergé essaya de transformer le couvent-hôpital local en un lieu de catéchisation des pauvres sous son contrôle, de même qu’il voulut faire des missionnaires ses « coadjuteurs idéaux » du clergé, et mettre sous surveillance les dépenses festives des confréries. Outre ces projets de réforme, la vie religieuse locale se vit transformée par le détachement progressif de l’élite locale vis-à-vis de certaines pratiques : les confréries espagnoles furent abandonnées, la piété testamentaire fut complètement laissée de côté vers le début du XIXe siècle et certaines dévotions furent oubliées. Tout cela s’effectua en faveur de pratiques plus simplifiées et strictement plus religieuses, et en faveur de cadres corporatifs moins chargés de responsabilités, mais aussi plus sélectifs.

En ce qui concerne l’utilité du roi, j’ai examiné en détail une historiographie qui a beaucoup insisté sur la radicalité des réformes monarchiques, sans épargner les adjectifs. Les corporations d’Orizaba permettent de nuancer ses conclusions et de montrer que le roi, même à l’époque des réformes, soutenait très souvent les demandes des corporations religieuses sans intervenir systématiquement dans leur vie interne. Ainsi, les réformes les plus importantes subies par la ville d’Orizaba, comme la formation de milices et la création du monopole du tabac, n’eurent même pas de conséquences directes sur elles. En revanche, il est vrai qu’à cette époque la Couronne fit un usage politique explicite de la chaire paroissiale, mais ce fut seulement à partir de la crise 1808 que le roi se fit plus présent que jamais dans la ville, pour exiger leur participation dans la promotion de la loyauté et dans la mobilisation des sujets, jusqu’au point d’exproprier les cloches de la paroisse pour la célébration des victoires royalistes.

Ainsi, ce ne fut pas avant l’indépendance et l’établissement d’un régime fondé sur des principes libéraux que commencèrent les débats publics autour de l’utilité des corporations religieuses. J’ai analysé ces débats dans la troisième et dernière partie de mon travail, à commencer par la critique des corporations religieuses qui émergea alors dans l’opinion publique.Ces critiques portaient sur l’organisation ecclésiastique : les publicistes voulaient la remplacer par celle de l’Église primitive, évidemment idéalisée, et ils condamnaient les pratiques considérées comme « superstitieuses » ou « fanatiques ». À ces critiques s’ajoutèrent les premiers efforts de l’État pour étendre sa juridiction jusqu’aux temples, cimetières et biens corporatifs, et les suspicions à l’encontre de certaines corporations, devenues particulièrement « dangereuses » pour la « cause publique ».

Les critiques arrivèrent à son terme entre 1833 et 1834, lorsque les libéraux radicaux de Veracruz commencèrent toute une série de réformes visant à construire une nouvelle Église, plus institutionnalisée mais sous la tutelle de l’État, dépourvue des pratiques superstitieuses telles que les sonneries de défunts et des corporations « inutiles », dont les biens seraient destinés à financer un grand projet éducatif. Ces réformes furent contestées par l’épiscopat, qui s’efforçait aussi de réformer les corporations pour les soumettre définitivement à sa tutelle, et construire ainsi une « souveraineté ecclésiastique » face à la démonstration de force de la souveraineté de l’État.

Toutefois, cette dernière ne fut pas la seule à se construire à cette époque. La révolution libérale avait aussi ouvert la porte à la consolidation de la souveraineté locale, incarnée dans le Conseil municipal d’Orizaba, pour lequel les corporations religieuses continuaient d’être des outils indispensables pour l’utilité publique. C’était un Conseil constitué par des ilustrados, et qui utilisait constamment le cérémonial religieux pour sa légitimation. Sans se soucier beaucoup des règles spécifiques des corporations, ils discutaient constamment sur la manière de les utiliser à de nouvelles fins, telles que la bienfaisance et l’éducation. Protégées ainsi par les autorités locales, certaines corporations parvinrent à se renouveler, parfois jusqu’à retrouver un peu de la splendeur du siècle précédent, tandis que d’autres tombèrent définitivement sous le contrôle clérical, plus que jamais affirmé dans les modifications du décor du temple paroissial effectuées par le curé en 1834. On ne peut donc pas s’étonner de voir que les corporations mises en danger par les réformes de 1834 furent protégées, lors de l’émeute du 20 avril, par les autorités locales ainsi que par la plupart des vecinos, rassemblés au son des cloches de la paroisse de Saint-Michel. Cette rébellion locale réussit à renverser les pouvoirs de l’État de Veracruz deux mois plus tard.

En dépit des accusations de « fanatisme » et de l’occupation de l’espace public par les pratiques traditionnelles telles que les sonneries et les processions, il faut conclure que l’émeute consacra plutôt le lien très étroit entre les corporations et le conseil municipal, ainsi que la division d’opinions entre les « patriotes » et les « catholiques », ou les « yorkins » et les « fanatiques », selon le vocabulaire de l’époque. Ainsi, loin d’être une restauration, les événements de 1834 rendirent compte du déplacement des corporations religieuses d’Orizaba et de la catholicité elle-même, puisqu’elles n’occupaient plus la position prépondérante qu’elles avaient disposé auparavant dans la ville ; c’est ainsi qu’elles furent dès lors placées sous la puissance du Conseil municipal, l’Ilustre Ayuntamiento de Orizaba, devenu souverain sans dispute de l’espace public local.

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